Développement personnel et prénom

DEVELOPPEMENT PERSONNEL ET PRENOM

« Le prénom »… Connaissez-vous ce film sorti au cinéma en 2012 avec Patrick Bruel et Charles Berling ?

Voici le synopsis, from wikipedia 🙂 : « Au cours d’une soirée, lors d’un dîner familial, l’un d’eux annonce qu’il va appeler son fils « Adolphe » ce qui provoque une crise de fureur de la part des autres convives qui considèrent que ce prénom est tabou depuis Hitler. La discussion s’envenime et la soirée tourne au règlement de comptes ; s’ensuivent alors les non dits et les vérités de chacun et tous finissent par avoir de violentes altercations. »

Lorsque j’ai vu ce film, j’ai bien ri devant ces dialogues et ce scénario intelligent, qui nous renvoient à nos propres relations familiales, sociales, nos propres valeurs et convictions. Quelques mois plus tard, au lendemain d’un repas entre amis, j’ai moins ri, lorsqu’une amie m’a appelé en rage, pour m’indiquer qu’elle était très fortement choquée par le fait que lors de ce repas, j’avais affirmé ne jamais vouloir appeler mon enfant « Jean-Marie ». Elle s’est déclarée bouleversée par mes propos et a affirmé, avec beaucoup de virulence et d’agressivité, les considérer comme un positionnement idéologique et politique malvenu dans le contexte d’un repas entre amis, ainsi qu’un affront et une attaque envers son petit-ami, dont un membre de la famille s’appelait apparemment Jean-Marie… ce que j’ignorais alors. Quoi qu’il en soit, n’ayant mis aucune intention malicieuse dans mes propos, je me trouvais moi-même abasourdie par ses accusations. En effet, mon refus de ce prénom pour ma potentielle progéniture, relève à la fois d’un goût personnel et de l’importance symbolique et spirituelle que j’accorde au choix d’un prénom.

Sachant que l’amie en question n’avait pas sourcillé lorsque son petit ami s’était amusé à de nombreuses reprises par le passé, de l' »étrangeté » du prénom de mon frère, je n’ai pu que m’étonner de cet emballement à défendre l’honneur non attaqué d’un grand oncle, cousin ou grand-père. Cette amitié prit fin en raison de cette histoire abracadrabantesque… puisque j’attendais des excuses (pour cette agression verbale caractérisée), que je n’ai jamais obtenues à ce jour.

Au regard de l’actualité de ces derniers jours et sans rentrer dans des considérations politiques, cela me ramène à un questionnement important s’agissant du rôle du prénom dans la construction identitaire.

Le prénom c’est avant tout une émotion et une intention qu’un ou des parents placent dans le devenir d’un enfant à naître. Le prénom c’est la reconnaissance et l’acceptation d’une vie. Le prénom c’est de l’amour donné par anticipation. On ne choisit pas son prénom mais dans la plupart des cas, l’histoire familiale et l’amour qui ont conduit à ce choix, aboutissent à une auto-satisfaction ou du moins à une acceptation de ce choix. L’appréciation-acceptation de son prénom contribue(nt) à l’image et à l’estime de soi.

Effectivement, il peut y avoir une incidence du poids des attentes familiales au regard d’un prénom qui fait référence à un aïeul bienaimé, à un père respecté, à un rêve non atteint par les parents… Se délester de cette charge peut être le travail de toute une vie. Mais en règle générale, un prénom est avant tout une motivation, une inspiration, un élan d’émancipation car parmi toutes les Dorothée, les Hapsatou, les Marie-Claire, les Jean-Marie, les François… il importe que vos proches (famille, ami, entourage) sachent déterminer / distinguer lorsqu’il s’agit de vous ou d’un(e) autre. En cela, c’est votre personnalité qui fera la différence. La personnalité se construit par différentes étapes du développement de l’enfant, notamment : savoir se reconnaître, savoir se définir, savoir se distinguer, savoir s’affirmer. Cette personnalité évolue et est encore susceptible d’évolution / adaptation à l’âge adulte.

Comme on le sait les questions relatives à l’identité sont des enjeux majeurs en terme de bien-être et de développement personnel et sont d’ailleurs au cœur de nombreuses situations de mal-être, souffrances psychologiques et même troubles de la personnalité. D’où l’importance fondamentale et initiale du rôle des parents dans la valorisation et la reconnaissance (choix du prénom, amour, éducation) ainsi que l’étayage psychologique (stabilité, fiabilité, solidité du modèle parental) qui faciliteront la construction identitaire de l’enfant.

Qu’en est-il lorsque ce prénom nous expose à des jugements de valeur, à des stéréotypes et préjugés ?

Les interactions sont au cœur de nos vie puisque nous vivons en société(s) métissées, cosmopolites, dans une diversité de genre – de couleurs – d’origines – de milieux sociaux… Comment faire lorsque l’estime de soi se heurte au regard désapprobateur d’autrui ?

La perception négative d’autrui ne doit jamais entacher l’amour qu’on accorde à sa propre personne. La perception d’autrui ne définit pas qui vous êtes et ne devrait pas conditionner la manière dont vous vous sentez. Vous devez être en mesure de faire abstraction des jugements toxiques. La connaissance de soi fournit un socle, une base solide, une assise personnelle de nature à vous aider à assumer et affirmer avec assurance et confiance, qui vous êtes, tout en étant en mesure d’accepter et respecter qu’autrui puisse être / penser / agir différemment.

En définitive, la perception d’autrui n’est pas révélatrice de ce que vous êtes mais plutôt de l’état d’esprit de la personne qui vous observe, vous juge, vous critique, vous évalue. Le domaine de la perception relève de la subjectivité totale, du ressenti personnel et ne laisse que peu de place à l’objectivation et à la preuve.

Sachez enfin, que lorsque le mal-être et le désir de changement sont trop forts il est toujours possible d’en changer (d’état d’esprit ou de prénom :-)). Tout comme l’état civil et le Ministère public, se réservent le droit de refuser des choix de prénoms pour des raisons de moralité, bien-être et intérêt des personnes, il vous est possible de demander un changement de prénom (pour ces mêmes motifs). Toutefois, un tel changement n’effacera ni votre histoire personnelle / familiale, ni vos liens familiaux / biologiques. Un tel changement est avant tout un repositionnement social et psychologique dont vous devrez apprendre à gérer les conséquences familiales, psychologiques et sociales.

Pour finir, je pense que par opposition à des périodes sombres de l’Histoire où les individus étaient numérotés, déshumanisés, rebaptisés, renommés, nous avons la chance de vivre une époque de liberté. S’il n’est pas toujours facile de s’approprier son prénom et de de l’aimer, des alternatives sont possibles pour réfléchir aux raisons de ce désamour. Il ne tient qu’aux personnes concernées de se prendre en main et s’engager dans ce « travail » personnel.

A chacun également de se responsabiliser, s’agissant de ses interactions sociales. J’en reviens à mon point de départ avec le film « le prénom » … Dans ce film, le conflit nait du fait que de nombreuses personnes sont incapables d’exprimer une opinion personnelle, sans émettre un jugement de valeur ou remettre en question la personnalité d’autrui.

Cela m’amène à la question de la bienveillance et de la communication non-violente… qui feront certainement l’objet d’articles de ma part dans les mois à venir.

Dorothée Dibaya – Do Coaching

Les hommes reçoivent à leur naissance un nom et un prénom, ensuite ils les accomplissent, ou bien les contredisent, ou les effacent ou les modifient. Stéphane Audeguy (Ecrivain français)